L’histoire est centrée sur deux collègues, Nicolas et Worick, évoluant dans la ville d’Ergastulum en tant qu’hommes à tout faire. Leur boulot : Accepter le travail dont personne ne veut, qu’il s’agisse indifféremment des flics ou de la mafia. Lors d’une mission, ils rencontrent Alex, une prostituée qu’ils embauchent comme standardiste.

Un univers complexe, pour un scénario brouillon !
Deux mecs bagarreurs, une nana bien roulée, du sale boulot. L’univers est sombre, empreint de violence, les quartiers mal famés ou déserts, inquiétants. On sent la précarité qui peut toucher les habitants, l’angoisse de vivre dans pareille ville, à la fois enfer et refuge. La société existant au sein d’Ergastulum repose sur un équilibre précaire entre les clans mafieux qui « règnent » sur la ville. C’est là, que tout se complique. Quatre clans se partagent la ville. Parmi eux, il y a les humains, et les Crépusculaires aussi appelés les Indexés. Et parmi les Crépusculaires, il y a les rangs A, B, C, D … et S. Ajoutez à cela une drogue, à la fois illégale et nécessaire, des meurtres, des complots insensés, une bonne dose de dépendance à la baston et nous voici au cœur du problème.

Cet anime est difficile à suivre sur le plan de la cohérence et de la compréhension globale du contexte. Si l’idée est intéressante, la façon dont elle est traitée et explorée laisse une grande place à l’incompréhension, et aux sous intrigues évoquées mais laissées à l’abandon. Il y a dans Gangsta beaucoup trop de choses : beaucoup de personnages, et qui dit personnages dit relations, affiliations, et beaucoup de questions qui restent sans réponse.

Des thèmes pourtant traités avec justesse !
Le côté adulte donné à Gangsta profite à l’exploration de thèmes plus matures. La prostitution est un thème parfaitement traité dans cette adaptation, tant qu’elle rend le personnage d’Alex terriblement attachant. La dépendance, le rejet, la peur et l’amour mêlé de dégoût et de haine ressentis à l’égard du mac, le sentiment d’être perdue, de n’avoir aucun autre refuge que lui, tout est palpable à travers ce personnage féminin aux formes voluptueuses. Alex est une femme torturée, brisée, et hantée par son passé, son présent et son avenir incertain.

De son côté, Nicolas est atteint de surdité. Le plus souvent, il communique grâce à la langue des signes, ou lit sur les lèvres. L'approche de son handicap est intéressante, et les mots qu'il tente de prononcer surprennent, chamboulent, remuent du fait d'un personnage plutôt solitaire et renfermé, muré dans un silence naturel.

Les relations entre les personnages principaux laissent place aux doutes, aux questions sans réponse, une fois de plus. Amité ou dévotion? Triangle amoureux ou relations cordiales? Les douze épisodes laissent place à une marge d'interprétation redoutable et frustrante.

Une fin sans conclusion !
Les premiers épisodes sont très prometteurs, une fois passée l’épreuve du chara-design très adulte qui peut perturber les adeptes des beaux gosses fréquents dans les shônen ou certains seinen. Ici, les personnages ont au minimum la trentaine et cela se voit. Pas de traits fins sans imperfection, pas de peau laiteuse ou de regard de braise. L’âge est rendu visible par des rides, des cheveux blanchis, de grosses voix bien graves et certains physiques laissent deviner un passé douloureux du fait de cicatrices, brûlures, coupures… Un panel de détails physiques qui ajoute un certain charme à l’anime.

Seulement voilà. Gangsta est un anime chargé, tant au niveau de son univers, des règles qui le régissent, que de ses personnages. Je reproche à cet anime un trop grand nombre d’intrigues pour une durée limitée. Le studio Manglobe en charge du projet ayant fait faillite, les chances de voir une saison 2 sont minces, pour ne pas dire inexistantes. C’est ainsi que nous nous retrouvons avec de nouveaux personnages à peine introduits, et une fin bâclée qui nous laisse sur notre faim à bien des égards.

Pour autant, Gangsta est un anime entraînant, prenant même, qui allie savamment discrimination, handicap, émotion et violence au travers de scènes de combats mémorables. Cela donne bien envie de se pencher sur l’œuvre papier pour en savoir davantage sur ce lieu froid et sans pitié qu’est Ergastulum !

67 /100
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